Roland Courson, diplômé de la 67ème promotion de l’ESJ, a fait sa valise il y a trois ans pour le Japon. A 38 ans, il est correspondant économique à l’AFP à Tokyo. Récit d’une expérience plutôt zen.
« Ce qui dépayse d’abord au bureau de l’AFP à Tokyo, c’est le calme et le silence qui y règnent, malgré une actualité souvent frénétique… Dans la société japonaise, coups de gueule, crises d’ego et d’anxiété en tout genre sont proscrits, sauf à vouloir acquérir pour le restant de ses jours une réputation de parfait crétin. Les conflits n’éclatent presque jamais ouvertement. Contrôler ses émotions est la règle en toute circonstance et le bureau de l’AFP, où le personnel japonais est majoritaire, n’y déroge pas. Du coup, l’ambiance est étonnamment sereine: une catastrophe naturelle peut-elle frapper, une énième crise politique peut-elle faire exploser le gouvernement que la machine AFP se déclenche, “bulletins” et “urgents” partent en rafale, mais sans jamais donner lieu au moindre énervement ni au moindre éclat de voix dans la salle de rédaction. Même les tremblements de terre qui font souvent tanguer le gratte-ciel de verre que nous occupons ne déclenchent, au pire, que quelques toussotements inquiets pendant que crayons et gobelets de café se promènent tous seuls sur les bureaux… Une merveilleuse école de maîtrise de soi pour journalistes français stressés! Les psychodrames et les vociférations des salles de rédaction parisiennes sont loin, très loin (10.000 km à vol d’oiseau).
Tokyo est un assez gros bureau à l’échelle de l’AFP: vingt-et-une personnes, dont quatorze rédacteurs et quatre photographes, se partagent une grande salle au neuvième étage d’un immeuble du quartier chic de Ginza, à deux pas des principaux grands magasins tokyoïtes et du vieux marché aux poissons de Tsukiji. Nous ne sommes que quatre journalistes francophones: le directeur du bureau, un correspondant généraliste et deux journalistes économiques (dont une spécialiste des technologies). Les autres rédacteurs, en majorité des Japonais, écrivent en anglais. Leur production est surtout destinée aux nombreux clients de l’AFP de la région Asie-Pacifique. Le français est rarement parlé au Japon et aucun de nos journalistes japonais ne le maîtrise. L’anglais, seule langue comprise par tout le monde au bureau, est de facto notre langue de travail.
Chaque journaliste, anglophone ou francophone, est polyvalent. Les correspondants économiques interviennent ainsi sur un grand nombre de sujets non économiques, et vice-versa.
Ce n’est pas un cliché: les Japonais travaillent beaucoup et tard. Cela se répercute sur les horaires des correspondants étrangers. Au Japon, l’actualité démarre lentement et il se passe rarement quelque chose avant midi. Mais cela commence à s’accélérer vers 15h, et il est fréquent que les événements les plus importants soient annoncés vers 19h ou 20h, juste quand le journaliste étranger fatigué s’apprêtait à rentrer chez lui…
Mais le Japon offre en permanence une actualité économique fascinante, souvent reliée aux grands problèmes de société (les réticences des Japonais face à la mondialisation, le vieillissement de la population…), et le pays se situe à la pointe de l’innovation technologique mondiale. Cela rend le travail d’un journaliste économique passionnant, pour peu qu’on se donne la peine d’aller au-delà de l’aspect purement financier des sujets !
Les horaires exténuants sont aussi compensés par le caractère charmant de la vie quotidienne: la gaîté, la fiabilité et la gentillesse généralisées des Japonais. L’absence totale d’insécurité. L’effervescence culturelle et les innombrables restaurants de la mégalopole tokyoïte. La possibilité de s’échapper de la jungle assourdissante de béton et de néons pour se retrouver, en quelques heures de train à grande vitesse, au milieu de paisibles paysages de rizières qui n’ont rien à envier à l’Asie du sud-est…
Le japonais : une langue difficile, des frustrations
La principale difficulté pour un correspondant étranger au Japon est, sans surprise, la langue japonaise.
A moins d’être un génie, il faut environ dix ans de travail assidu pour la maîtriser. La langue parlée est déconcertante pour un cerveau occidental (l’inverse est probablement vrai, c’est pourquoi si peu de Japonais parlent correctement l’anglais). Le système d’écriture est le plus compliqué du monde. Au Japon, les élèves apprennent à lire et à écrire du cours préparatoire jusqu’à la terminale. Il faut tout ce temps pour mémoriser les deux “alphabets” de 46 caractères chacun, et surtout les 1945 idéogrammes “kanji” d’origine chinoise, dont chacun se prononce différemment en fonction de l’idéogramme qui le suit et de celui qui le précède… Dans la pratique, on commence à se sentir un peu moins analphabète quand on connaît une centaine de “kanji”. A partir de 500, on peut péniblement s’attaquer à un journal… Au bout de quatre ans, on peut espérer connaître mille idéogrammes et commencer à voir le bout du casse-tête… Mais alors il est déjà temps de faire ses valises, puisque les nominations à l’AFP ne se font que pour une période de deux ans renouvelable une fois !
Pour ma part, j’ai pris six mois de cours de japonais avant de partir en poste à Tokyo et je continue à étudier la langue sur place. Le constat n’est guère brillant: même après plus de trois ans, et malgré une immersion totale dans un milieu japonisant en dehors du travail (mon épouse est japonaise et je ne fréquente pas du tout les autres expatriés), il est encore hors de question pour moi de réaliser une interview en japonais, de lire la presse, d’aller voir le dernier Takeshi Kitano…
Sauf s’il a longuement étudié le japonais avant d’arriver, ce qui n’est pas fréquent, le journaliste étranger qui débarque à Tokyo est donc rapidement confronté à un certain nombre de frustrations. Ces frustrations sont un peu moins aiguës pour un journaliste économique, qui a accès à une multitude de sources parlant anglais. La connaissance du japonais n’est d’ailleurs pas une condition sine qua non pour être nommé à l’AFP Tokyo. Beaucoup de journalistes sont restés quatre ans et ont fait un excellent travail sans en parler un mot.
Mais il n’empêche: comment “comprendre le Japon” sans bien maîtriser la langue, sans pouvoir réaliser tout seul interviews et reportages sur le terrain, sans explorer les millions de sites internet en japonais et sans lire les nombreux et volumineux journaux et magazines?
La solution est, à mon avis, de rester modeste et réaliste. Et, sauf dans le cas de quelqu’un qui connaît déjà bien le Japon avant de venir, d’admettre dès le départ qu’il sera impossible de comprendre ce pays en quatre ans. Pour un Occidental, vivre au Japon est un apprentissage permanent. C’est fabuleux et il faut en profiter, ouvrir en grand ses yeux et ses oreilles et emmagasiner un maximum… mais chacun a une limite à ses capacités intellectuelles! »
Propos recueillis par Jing Bai
Photos de Roland Courson


Bonjour !
Suis un ex- Grand-Reporteur à FRANCE 3 , qui doit se rendre au Japon entre le 8 et le 19 mai 2009 . Arrivée le 8 Mai à l’aéroport d’ OSAKA et retour le 19 mai à destination de NICE via Amsterdam . Je me propose de rejoindre d’abord KYOTO où je souhaite me poser jusqu’au 16 mai avec résidences soit en Bed & breadfast ou en ryokan ( afin de vivre à la japonaise …! ). J’envisage de me rendre à TOKYO pour seulement deux jours … avant de regagner OSAKA .
J’ai lu avec intérêt votre appréciation sur votre activité AFP au Japon. Serais heureux de vous rencontrer (avec ma compagne) lors de mon passage à TOKYO . Est-ce possible ? Merci de bien vouloir me répondre ! Bien cordialement . Dominique BERTIN
PS : Auriez-vous de bons “tuyaux” pour des hébergements hors hôtels de luxe à KYOTO et à TOKYO …!
Bonjour!
Une bonne solution pour se loger dans le centre de Tokyo est la chaîne d’appart-hôtels Tokyu Stay. Ce sont des mini-appartements avec cuisine, machine à laver, etc. un peu impersonnels mais plus spacieux et beaucoup moins chers qu’une chambre d’hôtel (car pas de ménage tous les jours, pas de service de chambre, etc.), et pour la plupart très bien situés. Voir leur site internet en anglais: http://www.tokyustay.co.jp/e/
Pour les minshuku (bed & breakfast), il existe deux centrales de réservations où l’on parle anglais. Minshuku Association of Japan (03-3364-1855) et Japan Minshuku Center (03-3683-3396 ou abc@minshuku.jp).
Bon voyage!