Trois journalistes européens, travaillant à Paris, ont parlé de leur rôle de correspondant à l’occasion d’une conférence organisée à l’Ecole Supérieure de journalisme de Lille. Récit d’une rencontre.
Trois correspondants, trois grands journaux. Angelique Chrisafis pour le journal de référence anglophone
The Guardian, José-Maria Marti-Font pour le journal espagnol El Pais et Giampiero Martinotti pour le quotidien La Repubblica. Une note optimiste tout d’abord. La jeune journaliste anglaise s’est dit confiante quant à l’avenir du statut de correspondant de presse. Selon elle, les médias se rendent enfin compte de l’importance des correspondants, qui sont sur place et peuvent ainsi mieux comprendre la situation. Plus pessimiste, le correspondant italien prévoit lui la disparition des correspondants étrangers, trop chers pour les rédactions. Selon lui, les correspondants sont peu à peu remplacés par des pigistes. Les médias travaillent avec eux et mandatent un envoyé spécial en cas d’événement majeur. Une solution plus économique.
Un jeune journaliste n’aurait-il donc pas intérêt à se rendre dans le pays de son choix et à commencer à piger pour plusieurs médias une fois sur place ? Nos invités ont rejeté en bloc cette possibilité. D’abord, qui appeler une fois sur place ? A qui s’adresser pour proposer son papier ? José-Maria Marti-Font a donné l’exemple d’un ancien stagiaire d’El Pais. Il était en Australie pour ses vacances et à l’annonce des attentats de Bali, il s’est immédiatement rendu sur place. Il a su contacter la bonne personne à la rédaction à Madrid, qui a tout de suite accepté sa proposition de correspondance. Depuis, il a été intégré au journal. « Mais ça, c’est la chance, c’est le hasard », a reconnu José-Maria. Et lui, qu’a-t-il fait ? Il est parti jeune aux Etats-Unis et a commencé à proposer beaucoup de sujets à El Pais. Sa productivité et sa réactivité lui ont rapidement permis d’être intégré au journal. « Mais ce qui était valable pour moi il y a vingt ans n’est plus valable aujourd’hui ! »
Même discours de l’autre côté de la Manche, avec une expérience différente. Avant de devenir correspondante à Paris, Angelique Chrisafis a dû gravir les marches pas à pas. Stagiaire au siège du Guardian à Londres, elle a ensuite été reporter. Elle s’est spécialisée dans les questions d’armement et a fait partie pendant un temps de l’équipe d’enquêteurs du Guardian. Puis elle a été envoyée au siège de Manchester avant de travailler à Belfast pour enfin arriver à Paris. Elle a dû faire ses preuves, gagner en expérience : le meilleur moyen selon elle de devenir correspondant. « C’est très dur quand on est jeune journaliste de commencer seul, sans contact, dans un pays étranger. » Ils ont donc tous conseillé d’essayer d’abord de gagner en expérience dans son pays d’origine, d’intégrer une rédaction locale avant de partir à l’étranger. Avis aux amateurs…
Julie Albet
