Depuis 1992, il arpente les couloirs de la Commission européenne pour Libération. Il n’a pas la langue dans ses poches et sa plume peut devenir assassine. Son blog fait référence en terme d’actualité sur l’Europe. J’ai nommé Jean Quatremer.
A l’origine, cet article aurait du s’intituler « 24 heures dans la vie de Jean Quatremer ». Mais Quatremer a plusieurs vies et aucune de ses 24 heures ne se ressemble. « Je n’ai pas de journée type. Aujourd’hui, je suis à Lille pour une conférence sur l’Union européenne. Demain, je serai à l’université de Louvain où j’enseigne le journalisme. Après-demain, je ne sais même pas ce que je fais ! » Tout ce que l’on apprendra, c’est que tous les matins à 8h30, Jean Quatremer est devant son ordinateur. En pyjama. « L’arrivée d’internet et du téléphone portable ont complètement changé ma manière de travailler. Maintenant, je travaille n’importe où. Être correspondant, c’est un peu une profession libérale ! »
Lui, ça va faire 20 ans qu’il est là. Autant dire qu’il a de l’avance sur les quelque 1 200 autres journalistes accrédités auprès de l’Union européenne, ce qui fait de Bruxelles le plus gros pôle de journalistes au monde. La preuve : il ne se déplace plus au point de midi, sacro-saint rendez-vous de la profession avec les porte-parole des commissaires européens. « Moi, je regarde la conférence de presse de midi sur internet et j’appelle les porte-parole sur leur portable. La Commission européenne ne fournit plus d’informations car personne ne peut rien dire au point de midi. Tout est off à Bruxelles. »
La grande difficulté quand on est correspondant à Bruxelles, c’est de passer ses papiers auprès de sa rédaction. Car l’Europe n’intéresse pas les lecteurs, du moins c’est ce que pensent les rédacteurs en chef. «Pour rendre l’Europe vivante, il faut raconter ce qu’il y a derrière les discours, les textes, décrire comment se passent vraiment les négociations. » Et Jean Quatremer de prendre l’exemple de la BBC, qui raconte l’Europe comme un roman policier.
Mais maintenant, Jean Quatremer ne se bat plus pour imposer ses sujets dans son journal. Depuis décembre 2005, Libération le paye pour qu’il anime son blog, Coulisses de Bruxelles, UE. « Ca a changé mon rapport à l’actualité. Avec un blog, il faut travailler en temps réel, être toujours plus rapide. Ca change aussi le rapport au lectorat car mes lecteurs-internautes sont très au fait des informations européennes et ils ne me pardonnent aucune imprécision. » Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, pas besoin de parler anglais couramment pour être correspondant à Bruxelles. Pour ses interviews avec un anglophone, Jean Quatremer se fait aider d’un interprète. Cet attachement à la langue française s’est traduit par la création d’un club de journalistes francophones. Une douzaine de correspondants, venant de l’Italie à la Pologne en passant par la Turquie, se retrouve régulièrement pour discuter avec une personnalité politique autour d’une bonne table. En off bien sûr.
Julie Albet