
Littoral caraïbe ravagé par Lenny
En 1999, Bertrand Degodet était reporter pour Planète Québec en Guadeloupe. Cette année-là, au mois de novembre, une tempête tropicale prénommée Lenny frappe l’île. Un évènement selon lui qui est passé trop inaperçu dans les médias français…
« Qui sait, en France hexagonale, ce qui se passe en Guadeloupe ? Pas grand monde… Il suffit de voir comment les médias nationaux maltraitent certains faits d’actualité guadeloupéens majeurs, qui rempliraient des journaux entiers s’ils se produisaient un peu plus près de Paris.
L’exemple des cyclones est le plus frappant. Ces phénomènes naturels difficilement prévisibles sont généralement passés sous silence dans la presse nationale lorsqu’ils ne font pas beaucoup de dégâts sur les Antilles françaises, et exagérément dramatisés lorsqu’ils en font davantage. Ainsi, le dernier qui ait meurtri les Antilles a été baptisé Lenny. Un phénomène très tardif, apparu en novembre 1999 à l’extrême fin de la saison cyclonique. Né en mer des Caraïbes entre le Honduras et la Jamaïque le week-end du 12 novembre, il a tout fait à l’envers. Sa trajectoire a contredit tous les modèles : d’ouest en est et du sud au nord. De cyclone, il s’est finalement transformé en tempête tropicale en descendant sur la Guadeloupe, produisant un raz-de-marée dévastateur sur la côte ouest.
Les côtes caraïbes des îles, d’Antigua à la Martinique, en passant par les Saintes et la Dominique, ont été labourées par la mer en furie. Du jamais vu en Guadeloupe, où toute la côte de Deshaies à Vieux-Forts a été démolie. Cette houle s’est accompagnée de pluies considérables, et d’inondations localisées aussi brusques qu’imprévues. Jusqu’au bout Lenny a été menaçant et imprévisible.
Des médias mal-préparés
En France le phénomène Lenny a été extrêmement mal couvert par les médias. Deux raisons à cela.
Il n’y a pas eu d’alerte cyclonique, déclenchée par la préfecture sur la Guadeloupe, puisque le cyclone ne devait pas passer sur l’île, ne menaçant que les îles du nord, trop petites pour intéresser les médias nationaux à elles seules. Or les rédactions parisiennes ne dépêchent des envoyés spéciaux sur place qu’en cas d’alerte prévisible, si le cyclone menace directement la Guadeloupe, comme lors du passage de Georges, repéré de longue date.
Phénomène complexe, Lenny est aussi arrivé alors que les médias étaient déjà accaparés par les graves inondations dans l’Aude puis par le blocage de l’autoroute à Montélimar à cause de la neige. Pour couronner le tout, le service public audiovisuel était en grève au même moment. Ainsi, pour seule source d’information, les autres radios et télévisions nationales disposaient des dépêches de l’Agence France Presse, envoyées par un correspondant local, des reportages de Radio Caraïbes Internationale (filiale d’Europe 1), et de quelques images tournées par RFO Guadeloupe. Ces images ne faisaient état que des dégâts, réels, impressionnants, mais très localisés. Les radios nationales ne se sont pas étendues sur le sujet. Quant aux journaux, très généralement sans correspondant permanent, ils n’ont pas non plus envoyé de journalistes en Guadeloupe avant l’improbable événement, se contentant de courtes dépêches d’agence. Ainsi dans le quotidien Le Monde, entre le mercredi 17 novembre 1999 et le week-end du 21 et 22, lors du passage du phénomène sur les îles françaises, on ne trouve pas une ligne sur Lenny.

- Maisons éventrées par le raz-de-marée
« Silence radio d’un côté, catastrophisme de l’autre »
En voyant les images de RFO commentées à la va-vite sur TF1, on pouvait au contraire craindre que la Guadeloupe ait connu un nouvel Hugo, l’ouragan le plus dévastateur de ces dernières années, qui avait laminé l’ensemble de l’île. Il n’en était rien puisqu’il n’y a pas eu de vent sur la Guadeloupe et que le cyclone lui-même n’est pas passé sur l’île. Le seul bilan humain d’Hugo était très lourd. Il avait laissé derrière lui 20 000 sans-abri, et 35 000 personnes sinistrées sur toute la Guadeloupe. Rien à voir avec Lenny qui n’a touché “que” 1 500 familles recensées par la préfecture, essentiellement sur la côte caraïbe. Une vraie catastrophe, mais d’un autre ordre. Silence radio d’un côté, catastrophisme de l’autre.
Quant à revenir sur le phénomène après son passage, pour un bilan qui aurait permis de dissiper la confusion après coup et de bien resituer les événements, ce n’était même pas la peine d’y penser de la part de médias obnubilés par l’immédiateté et la proximité supposée des sujets qu’ils abordent, et qui mentent par omission. Tant pis pour la communauté antillaise qui vit en France (quelques centaines de milliers de personnes), les familles des touristes et de résidents métropolitains en Guadeloupe. »
Texte et photos : Bertrand Degodet
lisez ce magnifique appel de Guadeloupe !!!
http://anarchieevangelique.wordpress.com/2009/02/02/yon’n-a-lot-se-ansan-‘m-nou-ke-rive/