C’est comme ça qu’il signe la fin de ses correspondances radio depuis les Philippines. Et comment tout a commencé? Il raconte…
« Correspondant à l’étranger : on se demande parfois si c’est l’aboutissement d’un rêve ou le début d’une galère….
…C’est sûrement un peu les deux, mais on commence par connaître le deuxième avant de réaliser qu’on peut atteindre le premier. Je suis parti aux Philippines comme sûrement beaucoup de correspondants, sur les infos les plus solides qu’on nous apprend à récolter : des discussions de couloirs. Il faut dire que ces discussions avaient lieu dans les couloirs de RFI. J’ai été déranger les collègues des différents « desk » internationaux, en leur disant que j’étais prêt à partir… à peu près où ils voulaient. J’avais entendu parler d’une place en Indonésie, on m’a orienté sur Cuba. Et j’ai terminé dans un pays que je ne connaissais pas du tout, les Philippines. RFI est pour moi la base à s’assurer quand on veut partir comme correspondant. Tout simplement car en dehors de l’AFP, RFI est le média francophone qui prend le plus d’infos sur l’étranger. Donc s’il n’y a personne pour RFI dans un pays, c’est qu’il n’y a personne du tout, et donc un peu de travail. C’est ce qui s’est passé pour moi.
400 ans d’évangélisateurs, 50 de hamburgers
Les Philippines sont loin, très loin, et je connais quelqu’un qui chantait « à l’autre bout du monde » le jour de mon départ. C’est également à l’autre bout de la planète de l’info. En dehors des enfants des rues et de Marcos, la France s’est en général bien passée d’être informée sur cet archipel. Pourtant, depuis que j’y suis, je n’arrête pas d’être étonné, surpris, scandalisé, émerveillé. Un pays rempli de mélanges, de paradoxes, de rires. « Un peuple qui a connu 400 ans d’évangélisateurs, et 50 ans de hamburgers » comme l’écrivait un chercheur. Le seul pays à ma connaissance qui compte, à lui seul, un groupe terroriste jihadiste, une guérilla musulmane indigène, et une rébellion communiste actifs. Un peuple asiastico-espagnol, enfin, dont l’Archipel semble s’être décroché de la Californie tellement ils parlent bien l’anglais. Ce qui est, j’oubliais de le dire, un luxe pour travailler. Tout cela, tinté de chants de messe, me permet en effet de mettre en exergue des infos qui sont loin de l’Hexagone.
Travailler pour plusieurs médias : une richesse
Pour RFI, la Radio Suisse ou les médias catholiques comme La Croix ou Radio Vatican, je travaille sur beaucoup plus de longs formats et des sujets magazines, que sur du « breaking news ». Les magazines papiers, les spécialisés, je n’ai jamais autant exploré les médias européens que depuis que je suis au fin fond de l’Asie. J’ai même découvert l’existence d’Infirmières Magazine– qui est beaucoup mieux que son titre ne le présage, je vous rassure. Comme beaucoup de pigistes à l’étranger vous le diront, travailler pour autant de médias est riche car on change tous les jours de rythme, de style, de traitement, on ne s’ennuie jamais. Mais cela demande une très grande organisation, un respect impérieux des délais. Car on est vite zappés par Paris ou Genève quand on leur fait faux bond.
Mais ne croyez pas qu’il y a la place pour 10 personnes… L’info si loin de la France fait vivre une personne, grâce à un peu de collaborations pour beaucoup de médias, plutôt que par une carte de salarié à plein temps chez RFI. Côté finances, on ne roule pas sur l’or quand on est correspondant de RFI, surtout dans un pays éloigné. Mais la différence de niveau de vie nous permet d’assurer le minimum. On a du mal à évaluer tellement les mois sont différents, mais sur une année, je pense avoir des revenus au moins égaux à ceux d’un journaliste parisien d’un média national. Pour cela, il faut savoir lancer tous les médias qu’on peut, et on a la chance d’être dans un univers francophone avec des médias au Québec, en Suisse ou en Belgique. Tirer les angles d’un sujet, penser à prendre des photos sur place, qui pourront toujours servir pour une pige inattendue. Multiplier les collaborations sur un même sujet, c’est vraiment comme cela qu’on s’en sort.
Journaliste et…
Pour avoir des revenus plus réguliers, beaucoup d’entre nous ont un travail sur place. Professeur en fac, traducteur … moi je suis rédacteur en chef pour un site internet français, basé aux Philippines. Par chance, ils cherchaient quelqu’un comme moi quand je suis arrivé, et ils m’ont même embauché avant que j’arrive, alors que je lançais des mails pour chercher un appart. Je travaille en temps partiel, depuis chez moi, ce qui me laisse une totale liberté en cas d’imprévu. Cela est très important, car les radios exigent qu’on soit réactifs dans l’heure en cas de grosse info. Et c’est assez normal. Et puis il y a les extras : ceux-ci viennent souvent de la télé. On n’a pas toujours les moyens de réaliser soi-même des docus, mais les productions de Paris ont toujours besoin d’un fixeur. C’est là qu’on intervient. Et pour cela, pour être celui qu’ils appellent, j’aurais un secret : tenir un blog. C’est essentiel pour être présent, devenir une référence crédible malgré la taille de sa micro-entreprise. Combien de médias m’ont contacté après avoir fait un tour sur mon blog. A l’heure du net, je pense qu’on ne peut plus s’en passer. »


Bonjour,
Je me suis rendu sur ce blog pour me conforter dans mon désir de débarquer dans le milieu du journalisme, ou de m’y approcher au moins, sans expérience professionnelle ni formation en tant que tel.
Vos articles sont très encourageants (même si je n’ai pas encore tout parcouru), je vous dis juste bravo et souhaite une longue vie à votre excellent blog.