Stéphanie était au Tchad… Virgine revient de Russie. Elles ont toutes les deux accepté de se prêter au jeu des questions réponses sur des détails pratiques avant, pendant et après leur expatriation. Une fois encore, pas question ici d’édicter des règles absolues (d’ailleurs leurs réponses se contredisent parfois), mais plutôt de faire parler l’expérience.
Allô Paris : Quand et pourquoi es-tu partie?
Stéphanie Braquehais : “Je suis partie en septembre 2004 à N’djamena au Tchad. J’avais fait plusieurs stages à RFI et continuais de travailler pour les magazines, ce qui me permettait d’être au courant des pigistes dont ils avaient besoin à l’étranger car les postes ne s’affichent pas, puisque ce sont des postes de free lance. Je comptais partir en Afrique et j’ai appris par hasard qu’ils n’avaient plus personne au Tchad. Or, j’étais allée au Tchad plusieurs fois avant pour des projets divers, j’ai donc proposé de m’installer pour eux.”
Virginie Pinonon : “Je suis partie en avril 2005, date à laquelle j’ai enfin obtenu un visa de travail pour la Russie… Un visa que j’ai attendu huit mois, quand même ! Pour travailler dans ce pays, les formalités administratives sont très lourdes, j’ai donc passé des mois à téléphoner à l’ambassade de Russie en France et au ministère des affaires étrangères russes pour savoir où en était mon dossier. A chaque fois, il m’était très difficile de trouver un interlocuteur (« Ah ! Mais Monsieur G. est actuellement en Ukraine ! » – Vous savez si je peux le joindre la-bas ? « Aucune idée. » – Et quand sera-t-il de retour ? « Je ne sais pas. Dans quelques semaines ? ») Mes efforts ayant enfin été récompensés, je me suis installée à Moscou, ville où j’avais déjà fait un stage à l’AFP presque deux ans plus tôt. Si j’ai choisi ce pays, c’est parce que j’avais déjà vécu une année en Biélorussie, à Minsk, où j’avais appris la langue « sur le tas ». Bref, mon rêve était d’aller travailler un jour à Moscou. Et lorsque j’ai appris que le pigiste qui travaillait là-bas pour Radio France et RFI s’en allait, j’ai sauté sur l’occasion !”
A.P. : Ce qu’il ne faut surtout pas oublier avant de partir…
S.B. : “Il faut d’abord prendre contact avec autant de médias possibles, prendre des rendez vous, montrer son visage pour que les gens se rappellent de vous lorsque vous les contactez depuis l’étranger. Ensuite, il faut avoir de l’argent de côté car les piges n’arrivent pas toutes seules et toutes en même temps, le démarrage peut être difficile. Ensuite, il est bon de contacter des gens (chercheurs, journalistes et autres) qui ont travaillé sur le pays pour avoir le plus d’informations possibles. Lire le plus possible d’ouvrages avant d’y aller et essayer au début pour une période intermédiaire, genre 3 mois pour voir si ça marche. Ne pas forcément se dire qu’on part pour toute la vie ou même un an, parce que cela peut faire peur.”
V.P. : “C’est facile de dire ça après coup, mais avant le départ, il est quasiment inutile de démarcher les rédactions, car les pigistes ne les intéressent qu’une fois opérationnels, sur place !”
A.P. : Comment contacter les médias?
S.B. : “Prendre des rendez vous avec les responsables des services étrangers des médias susceptibles d’être intéressés par la zone que vous allez couvrir. Avoir avec soi des propositions de sujets, une sorte d’agenda sur les événements à venir dans le pays. Penser à contacter autant les généralistes que les revues ou magazines spécialisés, qui paient souvent mieux. Ne pas négliger les radios, publiques ou privées, ainsi que les télés, même si on n’a pas forcément de formation au départ.”
V.P. : “une fois arrivé, là, il faut en effet commencer à proposer ses services. Mon conseil : rencontrer les journalistes-pigistes déjà sur place. D’abord, parce que la règle tacite est de ne pas leur ôter le pain de la bouche ! J’ai eu comme ça une mauvaise expérience (qui s’est très vite arrangée) avec Radio Canada qui m’avait affirmé ne pas avoir de correspondant « exclusif » en Russie. J’ai donc allègrement commencé à travailler pour eux… jusqu’à ce que je rencontre, par hasard, la personne qui pensait être le correspondant… exclusif de cette radio. Autant dire que nos premiers échanges ont été difficiles. J’ai aussitôt arrêté. Finalement, tout ça, c’était la faute de l’employeur, qui jouait sur deux tableaux. Et pour vous dire à quel point les journalistes-pigistes sont habitués à ce genre de choses et ne sont pas rancuniers : quand ce pigiste en question a quitté Moscou pour une contrée plus orientale, il m’a laissé deux de ses piges importantes. C’est aussi pour ça qu’il est important de rencontrer les journalistes sur place : vous pourrez ainsi vous faire une idée de qui bosse pour qui, et, à partir de là, démarcher éventuellement les rédactions qui n’ont personne. De plus, vous pouvez éventuellement devenir « numéro 2 » de quelqu’un, lorsqu’il prend des vacances, part en reportage, ou veut simplement prendre deux jours de repos. C’est un bon moyen de commencer et de se faire connaître (sur place et dans les rédactions).”
Prendre des rendez vous avec les responsables des services étrangers des médias susceptibles d’être intéressés par la zone que vous allez couvrir. Avoir avec soi des propositions de sujets, une sorte d’agenda sur les événements à venir dans le pays. Penser à contacter autant les généralistes que les revues ou magazines spécialisés, qui paient souvent mieux. Ne pas négliger les radios, publiques ou privées, ainsi que les télés, même si on n’a pas forcément de formation au départ.